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  • 8 mars 2007

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    Prostitution : impact psychologique et accompagnement des personnes prostituées

    Cécile Condominas
    Intervenante sociale à Médecins du Monde - mission prostitution

    Avant-propos

    Médecins du Monde ne prend pas position dans les trois courants idéologiques principaux concernant la prostitution, à savoir le prohibitionnisme, l’abolitionnisme ou le réglementarisme. Inversement, MDM se déclare en faveur de la régularisation des personnes sans-papiers. Les personnes rencontrées dans le cadre de la problématique prostitutionnelle étant majoritairement des femmes issues de l’immigration, cette revendication les concerne directement.

    L’action de MDM à Nantes,
    le Funambus

    Le contexte spécifique de la ville de Nantes
    Notre public comprend en très grande majorité des jeunes femmes originaires du Nigeria ou du Sierra-Léonne. Nous aborderons donc exclusivement les problématiques perçues pour cette population.

    Les raisons du départ La plupart des jeunes femmes sont venues volontairement en Europe, dans l’espoir d’y trouver des conditions de vie meilleures que chez elles, de ce point de vue nous avons à faire à une immigration essentiellement économique. La pression des familles est importante, notamment en ce qui concerne la fille aînée : elle a le devoir de soutenir sa famille. Pour elle-même également, ce départ offre des perspectives d’autonomie financière et professionnelle qu’elles ne peuvent avoir au pays. S’ajoute à ces motivations la volonté de quitter le Nigeria car les conditions de vie y sont difficiles, parce qu’on est femme, parce que la corruption semble partout, la violence est omniprésente, les rapports de sexe sont discriminants... Il y a donc chez elles un fort espoir d’émancipation.

    Nombreuses sont celles qui savent, avant de partir, qu’elles auront recours à la prostitution temporairement, mais espèrent obtenir rapidement des papiers ensuite pour obtenir un « normal job ». Certaines par contre, ont été leurrées sur la nature de leur activité en Europe, la désillusion est donc extrêmement brutale.
    L’organisation du départ est systématique liée à des pratiques vaudou, pratiques qui visent à sceller le silence de la personne et qui l’engage à rembourser sa dette de passage, auprès de sa « madame ». Dans ce contexte, la jeune femme ET sa famille sont menacés en cas de non respect des engagements pris.

    Notre pratique Notre logique d’intervention repose sur les principes de réduction des risques, la promotion des droits et de la santé des personnes se prostituant, l’empowerment. Pour ce faire, nous intervenons sous deux formes différentes :

    - le Funambus, un bus de nuit qui intervient deux fois par semaine sur les différents quartiers de la ville. Ce moment permet un temps d’échanges, une pause sur leur lieu de travail, l’apport de matériel de prévention.
    - un lieu d’accueil de jour avec des permanences sociales, où toutes les interrogations apportées par les jeunes femmes sont traitées. Il peut s’agir à la fois d’aide administrative ( CMU, titre de séjour), juridique (soutien d’un avocat dans les procès pour racolage, les reconduites frontière), médical ( consultations, dépistages). Nous encourageons également les personnes à déposer plainte en cas d’agression, démarche complexe pour elles mais qui contribuent à les reconnaître comme citoyennes à part entière.

    De jour comme de nuit, nous nous appuyons sur leurs connaissances, leurs pratiques et savoir-faire, leur culture dans les messages de prévention délivrés. Il est essentiel de les reconnaître comme actrice de leur propre santé, et bien plus largement, de les rassurer sur leur capacité à agir, même si, on le sait, les contraintes extérieures sont nombreuses. Renforcer cette capacité de résistance face aux carcans imposés est l’essence de ce que veut dire empowerment. Cette approche a pour principal effet de les valoriser, de renforcer leur estime d’elles-mêmes qui est largement mise à mal par les représentations sociales de la femme prostituée.

    Un travail d’écoute particulier face aux souffrances physiques et psychiques se développe. La confiance de beaucoup est acquise et c’est pourquoi elles s’autorisent de plus en plus à nous livrer des éléments de vie personnelle douloureux. Il peut s’agir de faits liés à leurs pratiques prostitutionnelles ou bien à leur vie antérieure à leur arrivée. Là encore, il est essentiel de favoriser l’expression de leur parole, et de les accompagner vers une reconstruction, une réassurance.

    Nous souhaitons préciser que la politique gouvernementale, et notamment les lois Sarkozy sur le racolage, vient aggraver les conditions de vie de ces jeunes femmes. Leur rendant délinquantes aux yeux de la loi, certains clients voient leur pouvoir, leur sentiment d’impunité renforcés : les agressions physiques et sexuelles ont augmenté partout en France. D’une loi qui s’affichait en soutien aux victimes de traffic, les jeunes femmes ont bien compris, au contraire, qu’il s’agissait avant tout d’une loi anti-immigration. La promesse d’obtention de titre de séjour en cas de dénonciation a porté bien peu de fruits depuis son application pour la situation des femmes nigérianes . En effet, les pratiques et croyances vaudou sont déterminantes, personne ne peut les protéger face au surnaturel, et encore moins leur famille restée au pays.

    Pour conclure, notre regard se veut neutre, nous n’exprimons pas d’opinion, positive ou négative, sur leur activité. En ce sens, nous pouvons être autant dans une écoute de demande de sortie de prostitution que dans un soutien à s’y maintenir en tentant de limiter les risques, risques au niveau de la santé, de la violence, des reconduites à la frontière... Cette neutralité autorise une parole libre car sans stigmatisation. De plus, les personnes sont autorisées à être en contact avec nous, ce qui ne serait pas le cas si nous étions repérés comme interlocuteur privilégié dans le soutien à la sortie de prostitution. A noter que l’un des principaux obstacles à la sortie de prostitution reste les perspectives d’intégration sur le territoire si le titre de séjour est inaccessible. Le pouvoir des trafiquants en est augmenté : plus les frontières se ferment, plus l’organisation de l’immigration clandestine, et donc des dettes de passage, se renforce.



    Médecins du Monde
    Mission prostitution

    Principales pathologies Pathologies gynécologiques et liées aux conditions de la rue ; troubles psychiques liés au stress, à l’isolement et aux maltraitances ; addictions

    Nombre de missions : 6 équipes mobiles/missions se rapportant à la prostitution de rue (liées aux missions SDF)

    Nombre de bénévoles : 50 (2 ou 3 par tournée)

    Partenaires : Cabiria, Amis du bus des femmes, Aides, Mouvement du nid, Ddass, D’une rive à l’autre, Gasprom, Plate-forme contre la traite des êtres humains, CDAG