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    Travail en réseaux et accompagnement à la sortie de la prostitution
    (social et juridique)

    Commission Femmes du GASProm - ASTI de Nantes
    Texte du groupe anti-prostitution

    Ce texte est le fruit d’un an de réunions de travail, de rencontres de documentation et de réflexion autour de la prostitution . Il a été validé lors de l’Assemblée Générale du GASProm en novembre 2002 en décidant que la lutte contre la prostitution devenait une lutte politique du GASProm au même titre que la double peine ou l’asile politique ...

    Ce texte s’adresse à l’origine aux pouvoirs publics


    Nous pensons qu’il est extrêmement urgent que les pouvoirs publics prennent des mesures concrètes concernant la prostitution.

    Au-delà des rapports et projets (Assemblée Nationale, Sénat, etc.) qui ont pu récemment être publiés-, il est à notre avis des principes à rappeler dans notre société :

    - Le corps n’est pas une marchandise,

    - Les femmes viennent à la prostitution par la violence, elles sont maintenues dans la prostitution par la violence en conséquence la prostitution libre n’existe pas.

    De manière non-exhaustive, nous retraçons ci-dessous quelques constats de terrain afin d’aboutir en conclusion à des demandes d’action de votre part extrêmement concrètes et tout à fait réalisables.

    Constats de terrain

    Marchandisation
    La prostitution est la marchandisation des femmes. La prostitution est une entreprise ayant pour objectif la mise à disposition du corps des femmes, d’autres hommes et d’enfants, pour les hommes. Cette entreprise reproduit l’organisation capitaliste et patriarcal de nos sociétés. Elle utilise le mode d’organisation capitaliste au profit du trafic des êtres humains. Ne parle t-on pas de concurrence entre les personnes prostituées en fonction de leur pays d’origine ! L’Etat au travers de l’impôt et des investissements réalisés à l’aide du recyclage de l’argent sale profite des mouvements financiers générés par la prostitution. Ce qui est en contradiction avec le fait que la France ait ratifié le traité de 1949, traité se prononçant clairement pour une politique abolitionniste.

    Client
    Le fonctionnement de la prostitution comme une entreprise libérale et le mode d’organisation de notre société entraîne la banalisation de l’acte de s’acheter, et de consommer du plaisir immédiat au détriment de la personne. Les constats de terrain mettent en évidence une modification des comportements des clients : ceux-ci étant totalement désinhibés et encouragés dans leur déresponsabilisation.

    Est-il besoin de rappeler qu’il n’existe pas de prostitution libre : la quasi totalité des personnes se prostituant ont subi dans leur passé des traumatismes graves et dans l’acte même de la prostitution en subissent encore régulièrement. Des études ont également révélé que contrairement aux idées reçues le fait la présence de personnes prostituées n’infléchissait pas le nombre de violences intra-familiales et de viols, au contraire. La permissivité du passage à l’acte que s’autorise les clients en participant à l’exploitation et à la souffrance des personnes prostituées, ne fait que renforcer limage négative de la femme véhiculée dans nos sociétés et contribue à reproduire le système de domination masculine. Le comportement des clients dans les rues de Nantes en est la preuve : files de voiture rond point de Rennes, attitudes de véritables consommateurs pressés d’être satisfaits en toute impunité et de ce fait agressifs envers les associations présentes sur le terrain.

    Santé
    Souffrances physiques
    En plus des affections locales engendrées par la multiplication des rapports , l’acte prostitutionnel met la femme en risque de maladies aiguës ou chroniques ( en raison d’un travail nocturne par tous les temps ) sans avoir d’étude nantaise précise , toutes celles qui ont été pratiquées montrent une prévalence plus importante du SIDA et autres maladies sexuellement transmissibles, des avortements à répétition, du cancer de l’utérus.

    Lactogènes médicamenteuses : pour supporter cette vie : elles ont recours à des substances psycho-actives ; alcool, drogues ou médicaments.

    Souffrances psychologiques
    La spécificité de la souffrance liée aux trafics. Ces femmes sont muettes sur leur parcours. Ce silence des modes de « recrutement », les pressions familiales, l’entrée forcée en prostitution cache douleur, angoisse, frayeur permanente.

    La dichotomie de l’esprit permanent qu’imposé l’acte prostitutionnel pour permettre à cet homme ou à cet femme de pouvoir affronter le jour et le regard des autres. Parlons ensuite de l’effet dévastateur pour l’image de soi que représente la multiplicité des ces rapports sans plaisir, sans désir.

    Violences
    Outre la violence de base qu’est l’acte sexuel répété, ces femmes sont l’objet d’agressions de la part de leurs congénères pour défendre leur territoire, de la part des clients mécontents déçus ou par simple jeu .A cela il faut rajouter la violence permanente du réseau vis à vis de ces femmes victimes de trafic et maintenues dans cette situation sous la terreur de représailles familiales et / ou personnelles. En outre , les clients semblent pour la plupart bien intégrés socialement et ont tous un accès aux sons et aux droits .Leur façade de monsieur tout le monde peut laisser place dans leur déambulation nocturne à des passages à l’acte transgressifs très violents mettant en jeu là encore la santé de la prostituée.

    Tous les risques sont donc pour la personne prostituée.

    Réinsertion On se demande où la véritable volonté de l’Etat d’abolir la prostitution et les souffrances faites aux femmes. Sortir de la prostitution demande un accompagnement spécifique, qui n’est actuellement pas organisé. En effet, toutes les associations constatent le manque criant de structures d’accueil d’urgence, d’hébergement, de réinsertion, d’aide psychologique et de protection contre les proxénètes. Malgré certains textes allant dans le sens d’instaurer commissions et structures de terrain (cf. ordonnances de 1960), l’Etat s’est totalement désengagé et le travail de proximité est laissé aux associations.

    Par exemple concernant les femmes étrangères prostituées, l’Etat en ne leur octroyant pas de carte de séjour avec droit au travail, les condamne à rester sous ’influence des proxénètes. La réinsertion en France passe par le travail ces personnes ne peuvent donc pas avoir accès au peu de structures d’accueil et d’aide.

    Papiers / Libre installation

    La prostitution est liée entre autre aux trois thèmes suivants :
    - La non-liberté de circulation et la non-liberté d’installation des personnes dans le monde
    - La difficulté à obtenir des papiers avec droit au travail
    - La non-réponse de l’Etat : la reconduite à la frontière

    Les femmes sont contraintes d’avoir recours à des réseaux (ceux-là même qui organisent l’esclave domestique, la prostitution, etc.) pour pouvoir sortir de leurs pays et entrer dans un autre. Quelques soient les raisons de leur départ (fuir un mariage forcé, fuir une situation politique particulièrement misogyne, fuir une pression économique invivable, ...). Ces femmes, d’où qu’elles viennent, ne peuvent que très rarement se procurer un passeport et encore moins un visa.

    De plus, le contrôle des papiers qui se fait aux frontières favorise tous les réseaux mafieux. Le contrôle loin d’être un problème pour les proxénètes, qui le contourne facilement, en est un par contre pour les femmes qui sont obligées de faire appel à des passeurs qui peuvent être des réseaux de prostitution organisée. Le contrôle aux frontières favorise donc l’exploitation de ces femmes.
    La prostitution n’est malheureusement que l’un des exemple à travers lequel nous pouvons voir les terribles conséquences de la fermeture des frontières du Sud vers le Nord.

    Pour nous, il est clair que dans ce système de contrôle des frontières tant que l’Etat n’octroiera pas aux femmes une carte de résidente avec droit au travail, elles ne pourront jamais sortir des réseaux et de ce cercle vicieux fait de violence et de chantage.

    Au lieu de les aider et d’essayer de réparer les maux qu’elles ont pu subir et qui sont des crimes (viols, séquestrations, « marchandisation » du corps humain,...) CE SONT EN FAIT LES VICTIMES QUI SONT CRIMINALISÉES notamment par le fait des reconduites à la frontières.

    NOS EXIGENCES

    1. Permettre une mise à l’abri des personnes en demande
    - Mise en place de structures d’accueil sécurisées d’urgence et d’hébergement avec soutien psychologique et protection contre les proxénètes sans condition par rapport aux personnes prostituées et ce dans chaque département et avec un nombre de places suffisant. Ces structures doivent être mise en place et financés à long terme pour aider à la prévention et pour permettre une véritable réinsertion des personnes prostituées.
    - Délivrance par chaque préfecture d’une carte de réidente avec droit au travail à toute personne qui en fait la demande. C’est-à-dire un véritable droit d’asile pour les personnes prostituées.
    - En complément il faut mettre en place et faire connaître un numéro vert d’information et d’orientation sous condition d’un accompagnement concret de la personne.

    2. Permettre un accès adapté à la prévention et aux soins
    - Des moyens doivent être apportées à des équipes sanitaires et sociales (accompagnées d’Interprètes) pour qu’elles puissent agir sur les lieux de prostitution , tout en garantissant la qualité et l’éthique médicale.
    - De même les CDAG (centre de dépistage anonyme et gratuit ) doivent être pourvus des moyens nécessaires pour effectuer un travail de proximité sur ces mêmes lieux.

    3. Pénalisation
    - Pénalisation du client et pas seulement les clients des victimes mineures.
    - Véritable volonté abolitionniste dans le démantèlement des réseaux :en faisant notamment de la lutte contre le proxénétisme organisé une priorité nationale et européenne.

    4. Protéger les mineur(e)s prostitué(e)s
    - Les adolescents et adolescentes prostitué(e)s, en péril, victimes des adultes, bien souvent sans papiers, sans parents et perdus en terre étrangère doivent pouvoir être repérées et mis sous la protection et le contrôle du juge des mineurs afin qu’ils bénéficient de mesure d’assistance éducative. Par ailleurs , leurs proxénètes doivent être traités en criminel et jugés en tant que tels.

    5. Organiser des campagnes d’information départementales sur :
    - La prostitution est un viol
    - Client = prostituant
    - La prostitution n’est pas un choix

    ET INTERDICTION PAR DECISION PREFECTORALE DES AFFICHAGES SEXISTES PRESENTANT LA FEMME COMME UN SUPPORT DE CONSOMMATION ET / OU UTILISANT SON CORPS COMME OBJET.



    GASProm
    ASTI de Nantes

    Le GASProm agit au quotidien en solidarité avec les personnes immigrées, et lutte contre toutes les discriminations, qu’elles soit racistes, sexistes ou sociales.

    Le GASProm anime un permanence non-mixte d’accueil spécifique aux femmes victimes de violences, le vendredi à 18h30.

    Page du GASProm->art33