UNE EXPÉRIENCE DE L’ACCUEIL
Virginie Despenne
Commission Femmes de la FASTI
Il y a trois ans, j’ai poussé la porte du GASProm, ASTI de Nantes. Riche d’une expérience auprès de femmes en milieu rural, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, j’avais très envie de tisser des liens avec des femmes étrangères. Leur courage est, selon moi, admirable ; et je souhaitais continuer à apprendre de ces femmes battantes.
J’ai donc rejoint la commission femmes. Nous accueillons les femmes le vendredi soir, dans une salle commune, en non-mixité. Une pièce attenante comprend des jouets, des livres et un téléviseur pour essayer d’occuper les enfants. Les femmes viennent majoritairement pour des questions administratives. Mais, ce qui émerge de nos échanges est souvent une histoire de violence.
Quand j’ai commencé l’accueil à la commission femmes, il me semblait que je n’avais rien à apporter. Si, peut-être ma bienveillance et une petite connaissance des réalités des femmes. Pour commencer, j’ai beaucoup fait de photocopies et observé. Au fur et à mesure, j’ai suivi les formations de la commission juridique. Petit à petit, je me suis mise à conseiller les femmes sur leurs dossiers.
Seulement, en même temps, je réalisais que l’essentiel n’est pas là. Je suis aujourd’hui convaincue que ce sont l’écoute et le respect de leur histoire qui comptent en premier pour ces femmes. Les dossiers et les argumentaires que nous devons constituer exigent de nous, et surtout d’elles, d’aller de plus en plus loin dans leur récit de vie. Chacune doit veiller à la manière dont elle s’adresse à la femme en face d’elle. Le temps, je trouve, compte beaucoup. Or nous en manquons terriblement. J’avoue que les accompagnements que j’estime les meilleurs ont pu avoir lieu quand j’étais au chômage. Je donnais des rendez-vous pendant la journée, parfois plusieurs au cours de la même semaine. De ces espaces-temps privilégiés émerge la relation de confiance, et se réalise réellement le respect de la personne.
Pour autant, les moments de permanence collective ont aussi un rôle prépondérant. Combien de fois avons-nous vu des femmes partager leurs expériences, s’entraider pour les traductions, échanger des informations,... ? Il m’est arrivé, une fois, de rencontrer deux jeunes femmes, une Algérienne et une Marocaine, pour un entretien commun. J’avais déjà recueilli leurs témoignages en individuel. Mais, il s’est avéré qu’elles étaient présentes au même moment pour faire leurs courriers à la Préfecture. Elles ont partagé leurs histoires. Elles ont échangé leurs numéros pour se rendre à la Préfecture ensemble. Aujourd’hui, je sais qu’elles se voient régulièrement...
En somme, entretien individuel et permanence collective sont, pour moi, complémentaires. Comme le sont la solidarité entre femmes et le respect du vécu de chacune.
En ce qui me concerne, l’accueil des femmes étrangères, au sein de la commission femmes du GASProm, m’a beaucoup enrichie. Je me suis nourrie du courage et de la dignité des femmes rencontrées.
Cet engagement, au début, simple acte de solidarité directe, s’est conscientisé, et est devenu féministe et politique. Au fil des échanges, j’ai acquis des convictions féministes qui m’animent maintenant au quotidien, et se concrétisent, entre autres, par mon militantisme au sein de la commission femmes de la FASTI.