PARCOURS D’ÉMIGRATION ET VIOLENCES CONJUGALES :
UNE HISTOIRE VÉCUE
Nadia
Nantes
Je suis une femme algérienne, j’ai 26 ans. Je vivais avec ma famille en Algérie dans une ambiance très agréable, je ne manquais de rien. J’avais l’amour et la protection de mes parents, tout allait pour le mieux. Jusqu’au 5 juillet 2004, mon histoire a commencé avec mon mari, c’était notre voisin et l’ami de mon oncle à la fois. Il était venu en Algérie pour passer des vacances, parce qu’il vivait en France. Je le connaissais depuis longtemps mais une nouvelle attirance est née entre nous. Il a demandé ma main à mes parents, qui ont accepté, je vivais enfin une vraie histoire d’amour. On était comblé, heureux, amoureux, on comptait les jours pour être enfin ensemble, sous le même toit. On avait des tas de projets pour l’avenir, comme tous les couples qui s’aiment. Il n’a pu rester qu’un mois et il est rentré en France, mais il est revenu en Algérie pour fêter nos fiançailles, et nous nous sommes mariés le 14 octobre 2004 à la mairie.
Il travaillait à Marseille, et faisait des allers-retours réguliers pour me voir dès qu’une occasion se présentait. Il m’appelait presque tous les jours et m’achetait des cadeaux. Il était si impatient que je le rejoigne en France. Il a fait toutes les démarches pour qu’on lui donne un livret de famille. Je m’attendais à une belle vie à ses côtés surtout avec tout l’amour qu’on avait l’un pour l’autre. Le 4 mars 2006, je suis arrivée en France, avec un visa de trois mois conjoint de français, je voyais la vie en rose, nous vivions ensemble à Marseille. J’y ai vécu 20 jours heureuse !
Les violences sont très vite arrivées. Un peu plus de deux semaines après mon arrivée, son comportement a commencé à changer. Il n’était déjà plus le même et je découvrais mon « vrai mari ». Il était doux, amoureux. Il est devenu agressif. Un matin il s’est levé en m’annonçant son intention de demander le divorce, avec tout l’amour qu’il prétendait avoir pour moi. A chaque fois que je lui demandais pourquoi il voulait divorcer, il répétait sans cesse « je n’ai rien à te reprocher, le problème vient de moi, tu mérites mieux que moi ». Et puis, j’ai découvert les autres femmes.
Le 30 avril 2006, j’ai déposé une première main courante, il m’a donné des coups aux bras et m’a jeté dehors. La liste est longue : le 2 mai 2006, plainte pour violence conjugale, j’ai eu un arrêt de travail de 3 jours. Le 14 juin 2006, plainte pour violence conjugale avec arrêt de 15 jours et une attèle pendant 21 jours. Puis, est arrivé le harcèlement moral. Il ne me donnait rien pour me nourrir.
Depuis mon arrivée en France, il ne m’a pas donné un seul euro. Ma tante m’envoyait des mandats de Nantes pour mes dépenses personnelles. J’ai été réduite au statut d’esclave, nous vivions avec le frère et la sœur de mon mari dans notre deux pièces. Je faisais tout, ménage, repas, vaisselle, entretien du linge, sous vêtements de toute la famille compris ! J’étais enfermée à clef et je suis devenue le souffre douleur de cette famille, le but étant de me faire quitter la maison afin d’obtenir le divorce à mes torts. Au final, les violences psychologiques étaient pires que les violences physiques puisque j’étais très régulièrement insultée, humiliée... Mon mari a tenté d’obtenir le divorce en Algérie, le 20 juin 2006, sa demande a été jugée irrecevable parce que ni lui ni moi ne résidions en Algérie.
Dans un état de grande détresse, sur les conseils de ma tante qui a essayé d’intervenir à plusieurs reprises, j’ai pris contact avec SOS femmes à Marseille. Les travailleuses sociales m’ont orientée vers une avocate. J’ai alors décidé de demander le divorce pour faute le 19 juin 2006. En France, mon mari a été condamné à 3 mois de prison avec sursis et à une amende.
En ce qui concerne les papiers, il a refusé de signer tout document nécessaire pour ma régularisation. Aujourd’hui je tente de régulariser ma situation.
Pour finir, je fais appel à toutes les femmes qui vivent la même situation, malgré la souffrance et l’humiliation : ne vous laissez pas faire, chassez la peur elle ne vous mènera nul part. Il est possible de faire face et de surmonter les problèmes. Aujourd’hui, je ne regrette rien, j’ai fait tout ce que j’ai pu avec force et détermination.