Qu’est-ce que le colonialisme aujourd’hui ? Retour sur la rencontre publique avec les luttes des premièr-es concerné-es

La rencontre publique pour la sortie du livre "C’est quoi le colonialisme aujourd’hui ?" publié aux Editions Syllepse s’est déroulée ce samedi 17 septembre 2022 à la Mairie du XXème. Plus de 100 personnes ont répondu présentes à cet événement qui plaçait au centre les militant-es de terrain premièr-es concerné-es par les luttes anti-coloniales et décoloniales à travers le monde.

Aux côtés de la FASTI et des éditions Syllepse, de nombreux collectifs se sont joint à la rencontre, tant en figure d’intervenant-e, que de participant-es.

La rencontre s’est ouverte sur un geste de coutume des militants kanak pour remercier de leur présence en ces lieux et ouvrir un espace symbolique au partage d’expériences et de luttes.
La première table ronde était dédiée aux auteur-ices de la postface et a permis de donner des clefs pour penser le colonialisme aujourd’hui avec des exemples concrets sur les luttes anticoloniales en Afrique et le syndicalisme en France notamment.

La deuxième table ronde était consacrée aux luttes des premièr-es concerné-es. Parmi cette table sont intervenu-es des militant-es du Collectif Vietnam Dioxine au sujet de l’épandage de l’agent orange sur le territoire vietnamien durant la guerre par les Etats-Unis avec la complicité de Monsanto. L’Union Syndicale des Travailleurs Kanak et des Exploités(USTKE) et le Mouvement des Jeunes Kanaks en France (MJKF) ont, quant à eux, exposé la situation coloniale de la Kanaky et son histoire. De son côté, Bchira Ben Nia de la Coordination 75 des Sans Papiers(CSP75) et de la Marche des Solidarités a évoqué le racisme d’Etat et les violences policières qui sévissent en France.
Enfin, deux vidéos ont été visionnées à cette occasion. L’une réalisée par des militantes du collectif Zéro Chlordécone Zéro Poison (ZCZP) en Martinique qui dénonce l’utilisation de ce pesticide sur les terres agricoles et le scandale écologique et sanitaire qu’il a engendré. Elles y présentent aussi leur projet de potager « Jaden Bokay » en autosuffisance, comme réponse à l’habiter colonial qui associe la terre à l’exploitation et au productivisme, au détriment de la biodiversité, de l’écosystème et de la dignité et santé des peuples qui y habitent, mais aussi, de leurs savoirs. Une autre vidéo a été réalisée par un militant ougandais luttant contre le projet Total en Ouganda et Tanzanie (pour plus d’infos sur le projet, lien ici).

Force est de constater que cette table ronde s’est caractérisée par sa richesse de témoignages composites qui a permis de soulever des similitudes et surtout, d’identifier des mécanismes propres au colonialisme par des situations récurrentes, quel que soit le territoire. Il n’y a qu’à voir le lien entre l’écocide à l’œuvre dans notre ère et l’exploitation de certains territoires et peuples avec l’exemple du chlordécone ou de la dioxine. Ce patron colonial raciste et anthropocentré qui considère le vivant comme une ressource exploitable et opprime toute une partie de la population constitue un leitmotiv de la colonialité qui perdure depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui.
Cette rencontre n’est qu’un point de départ pour tisser des liens de solidarité et nourrir nos réflexions, tout comme notre livre, qui ne constitue qu’une introduction à ces questions et une invitation à ouvrir et imaginer d’autres possibles.

« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites [...]. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. » Aimé Césaire