Présentation de la Commission Nord-Sud

 

La FASTI a une tradition de solidarité internationaliste. Elle s’intéresse depuis fort longtemps aux rapports entre les pays dits pauvres - pays colonisés, sous-développés ou en voie de développement et les pays dits riches : pays impérialistes industrialisés. Cet intérêt a abouti à plusieurs initiatives de solidarité avec les peuples du Tiers Monde et à des moments de réflexion sur les problèmes découlant de ces rapports.

 

Dans ce cadre, en mars 1990, la FASTI a organisé le colloque « Immigration, actrice de développement » et en 1992 elle a publié les actes du colloque, chez l’Harmattan. En février 1999, la fédération présente le livre blanc « Droits de l’homme », la FASTI accuse... dans le meeting « Dix heures sur l’immigration », dont les rapports entre le Nord et le Sud ont été l’un des sujets du débat.

 

De même, la FASTI a toujours participé aux initiatives ou en partenariat avec les organisations travaillant sur le sujet. En réalité, cette participation requiert de plus en plus un cadre collectif de travail, une commission spécifique. Les problèmes posés par le sujet ne sont pas simplement dans le cadre du soutien aux immigrés résidant en France et aidant leur village, mais aussi dans le cadre des campagnes spécifiques pour l’annulation de la dette, pour l’ouverture des frontières et la libre circulation, pour la taxation des flux des capitaux au profit des besoins sociaux des pays du Tiers Monde, pour le partage des richesses, etc.

 

La FASTI peut se trouver défavorisée si elle se limite au débat « politiquement correct », sur la solidarité avec les peuples des pays du Tiers monde, qui consiste à analyser et établir l’aide aux associations villageoises africaines ou à contribuer aux projets dits de co-développement. La solidarité avec les pays du Tiers monde ne doit pas se limiter aux pays de l’Afrique ou de l’Est européen. Les pays composant la « triade » - Europe, Etats-Unis et Japon ont un rôle précis dans les pays de tous les continents. Ce qui différencie les uns par rapports aux autres c’est leur influence et leur poids économique sur l’économie et les transformations sociales de ces pays.

 

Dans ce cadre se placent les aides publiques ou privées, les transferts de technologie, les investissements industriels, financiers ou commerciaux, les échanges commerciaux, culturels ou autres… Institutionnalisés par des échanges, des accords, des conventions ou autres, les rapports ont différentes appellations - d’aide au Tiers monde, de co-développement, etc. - il reste inchangé le rôle que jouent les pays riches dans leur mission. Cette « mission » n’est autre que de consolider le système, de relancer l’économie, d’écouler les excédents des marchandises des périodes de récession, les produits périmés ou démodés des marchés des pays riches...

 

Ainsi, les dirigeants de ces pays peuvent annoncer haut et fort l’annulation de la dette du Tiers Monde sans souci car les alternatives de récupération du montant des dettes « pardonnées » par la dite « annulation » sont innombrables. Dans tous les cas de figures les organismes internationaux oeuvrent dans cette perspective depuis des décennies. Ces organismes sont les premiers à constater la situation dramatique où se trouvent des populations entières dans les pays du Tiers Monde : l’augmentation de la pauvreté, de l’analphabétisme, la prolifération des maladies infectieuses ou le développement des MST, la mortalité infantile, la recrudescence de la violence sur des personnes de plus en plus jeunes.

 

Depuis quelques dizaines d’années, les bienfaits du nouvel ordre mondial ont été prônés par les plus hauts représentants politiques. La réalité est que leur « nouvel ordre mondial » s’est étendu aussi à des couches entières de la population des pays riches, phénomène aujourd’hui appelé la « mondialisation ».

 

Le « Livre blanc » de la Fasti est ainsi, toujours d’actualité : « En effet, l’ordre qui règne dans le monde aujourd’hui est basé sur les seuls intérêts économiques et le maintien en place des empires représentés par les pays riches ou par quelques poignées d’individus... »

 

La FASTI propose une démarche pour aborder le nouvel ordre mondial, la dette du Tiers Monde et la mondialisation en faisant la relation entre les rapports des pays industrialisés (Japon, Etats-Unis et Europe) et les autres pays à partir d’un point de repère pour l’analyse : l’égalité des droits pour toutes et tous.

 

La nouveauté consiste à prendre les rapports de solidarité entre les peuples et l’égalité des droits comme point de départ. Ainsi, il sera nécessaire d’envisager la circulation des personnes et leur droit à vivre correctement et confortablement là où elles le décident (libre installation) comme étant un droit universel.

 

Cette méthode peut être en contradiction avec les priorités des institutions nationales ou internationales, préoccupées par la politique de « maîtrise des flux migratoires » et la « lutte contre l’immigration clandestine ».

 

Selon le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) 2000, l’immigration s’intensifie dans de nombreux pays industrialisés, depuis 1997 et, en même temps ces pays débattent s’il faut et comment il faut faire appel à la main d’œuvre étrangère bon marché, tout en contrôlant le flux. Cependant, le débat est marqué par la priorité donnée à la maîtrise des « flux migratoires » et la lutte contre l’immigration clandestine. Le rapport des Nations Unies sur la reprise économique a donné lieu à d’autres sujets de débat entre les représentants politiques : le rôle éventuel des migrants pour contrer le vieillissement démographique et la pénurie de main d’oeuvre qualifiée.

 

L’Allemagne et les Etats-Unis sont les principaux pays d’accueil parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économique. Néanmoins, ils n’ont pas fait l’économie des mesures discriminatoires pour essayer de répondre aux constats des deux institutions, en faisant appel à la main d’oeuvre qualifiée des informaticiens Indiens ou à des scientifiques du pays de l’Est sous-payés et avec des contrats précaires.

 

Le rapport de l’OCDE note aussi, que si la France reste leur destination privilégiée, les Marocains et les Tunisiens sont de plus en plus nombreux à s’installer en Italie, Espagne et Allemagne, que l’immigration familiale continue à dominer dans presque tous les pays de l’OCDE, que les années 1990 sont marquées par une forte augmentation du nombre des demandeurs d’asile, que le pourcentage d’étrangers dans la population active s’est accru fortement dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, Autriche, Belgique, Etats-Unis.

 

Ce qui est important à souligner est que la croissance et les méga profits des groupes multinationaux et d’une poignée d’individus n’ont pas eu d’incidence sur les immigrés déjà sur place, pas davantage que sur les autres catégories de précaires. Ils restent majoritaires parmi les chômeurs dans presque tous les pays européens.


Relancer la commission « Nord-Sud »

 

L’approfondissement de ces thèmes devra constituer le centre de la réflexion de la commission afin que la FASTI puisse contribuer au débat général des organisations d’immigration ou issues de l’immigration et de solidarité.

 

Un débat est ouvert au sein des organisations associatives, syndicales et politiques sur ces thèmes. La FASTI a initié un processus de discussions qui doit aboutir au moment d’un forum afin de permettre le débat de fond et les campagnes unitaires afin d’obtenir les mesures qui s’imposent.

 

Les débats se posent sur divers plans. Ils peuvent faire la base de discussion de la commission.

 

- Le démantèlement des clichés et des mythes de l’« invasion » des immigrés en Europe. L’immigration n’a pas augmenté dans les pays « riches » : des études montrent que les taux les plus importants d’immigration se passent dans les pays du Sud, notamment en Afrique. Une grande partie de cette immigration est la conséquence des conflits et des guerres civiles.

 

- Misère et pauvreté ne constituent pas les seules raisons de l’immigration. Les causes de l’immigration, ne sont pas toujours économiques, mais les rapports de domination des pays du Nord par rapport aux pays du l’Est ou du Sud jouent un rôle. Il faut explorer les liens entre les rapports Nord-Sud et la liberté de circulation, explorer les aspects éventuellement positifs de ces liens : aujourd’hui les aides des villages provenant de la population immigrée, sont nettement supérieures aux aides publiques. Il faut donc avoir des pistes positives, tout en abordant la question-piège : « l’apport économique : source de richesse », en démontant les arguments du genre : « les pauvres apportent la richesse » et en affirmant les principes d’égalité entre les peuples et continents.

 

- La plupart des associations ne savent pas comment mettre en pratique les propositions concernant la liberté d’installation - du point de vue juridique, technique, etc. Elles posent les questions suivantes : la libre circulation sans aucun contrôle est-elle possible ? L’orientation politique basée sur l’égalité des droits est fondamentale car les accès aux titres d’identité, aux droits fondamentaux deviennent des droits égaux entre les nationaux et les étrangers, sans conditions de nationalité.

 

- La politique de l’Allemagne « reste au pays et tais toi », la fuite des cerveaux de l’Inde, la fermeture de frontières de certains pays et régions du Tiers Monde (exemple la Kanaky), etc. sont des thèmes importants à soulever.

 

Il faut inscrire cette perspective dans une démarche ayant pour objectif bâtir un autre monde, un monde d’égalité, de justice, de solidarité.


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